un déclin silencieux à l’image de L'engagement politique
À quelques semaines des élections, les partis politiques présentent leurs priorités pour les prochaines années. Quelques engagements en matière de biodiversité ont déjà été annoncés, mais tous les partis ne se sont pas encore engagés et les annonces ne couvrent pas l’ensemble des besoins. Et au-delà des engagements, une question demeure : qui garantira qu’ils seront respectés une fois la campagne terminée?
Signataires
Représentant.e.s d’organisations
David Roy, directeur général, Ateliers pour la biodiversité
Bernice Chabot-Giguère, directrice générale, Association des biologistes du Québec
Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité, Université de Montréal & directeur de la recherche, Éco-pivot
Alain Branchaud, directeur général, SNAP Québec
André Bélanger, directeur général, Fondation Rivières
Anne-Josée Laquerre, directrice générale et co-initiatrice, QNP (Québec Net Positif)
Brice Caillié, directeur général, Regroupement des organismes de conservation du Québec (ROCQ)
Caroline Brouillette, Directrice exécutive, Réseau action climat Canada
Christophe Aura, président, COPTICOM
Geneviève Paul, directrice générale, Centre québécois du droit de l’environnement
Julie Lafortune, directrice exécutive, Centre de recherche appliquée sur la biodiversité et les écosystèmes, Université du Québec en Outaouais
Marine Thomas, directrice générale, Partenariat Climat Montréal
Martin Vaillancourt, directeur général, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)
Patricia Clermont, responsable, Ph.D, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
Samuel Enright, coordonnateur des communications, Centre de la science de la biodiversité du Québec (CSBQ)
Chercheur.euse.s et professeur.e.s
Alain Paquette, Professeur titulaire, Université du Québec à Montréal
Alison Derry, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Angélique Dupuch, Université du Québec Outaouais
Ariane Burke, Professeure titulaire, Université de Montréal
Carly Ziter, Professeure agrégée, Université Concordia
Catherine Potvin, Professeure émérite, Université McGill
Christian Messier, Université du Québec à Montréal (UQAM) et en Outaouais (UQO)
Clint Kelly, Université du Québec à Montréal
Daniel Fortier, Professeur titulaire, Université de Montréal
Daniel Fortin, Professeur titulaire, Université Laval
Daniel Kneeshaw, Université du Québec à Montréal
Dominique Berteaux, Professeur, Université du Québec à Rimouski (UQAR)
Dominique Gravel, Professeur titulaire, Université de Sherbrooke
Élise Filotas, Professeure agrégée, Université TÉLUQ
Émilie Saulnier-Talbot, Professeure agrégée, Université Laval
Emma Despland, Professeure, Université Concordia
François Delorme, Professeur associé, École de gestion, Université de Sherbrooke
Guillaume Blanchet, Professeur agrégé, Université de Sherbrooke
Guillaume de Lafontaine, Professeur titulaire, Département des sciences du bois et de la forêt, Université du Québec à Rimouski
James Grant, Professeur, Université Concordia
Jean-Marc Fontan, Professeur émérite, Université du Québec à Montréal
Jean-Olivier Goyette, Professeur, Université du Québec en Outaouais (UQO)
Laurence Guillaumie, Université Laval
Loïc D’Orangeville, Professeur agrégé, Département des sciences du bois et de la forêt, Université Laval
Marc J. Mazerolle, Professeur titulaire, Université Laval
Martin-Hugues St-Laurent, Université du Québec à Rimouski (UQAR)
Mathieu Cusson, Université du Québec à Chicoutimi
Matthew Barbour, Professeur adjoint, Université de Sherbrooke
Mélanie Guigueno, Professeure agrégée, Université McGill
Monique Poulin, Professeure titulaire, Université Laval
Nicolas Bélanger, Professeur titulaire, Université TÉLUQ
Olivier Boiral, Professeur titulaire, Université Laval
Olivier Villemaire-Côté, Professeur adjoint, Département des sciences du bois et de la forêt, Université Laval
Pedro Peres-Neto, Professeur titulaire, Université Concordia
Pierre Legendre, Professeur émérite, Université de Montréal
Simon Joly, Directeur et chercheur, Institut de recherche en biologie végétale de Montréal
Sophie Calmé, Professeure titulaire, Université de Sherbrooke
Sylvain Delagrange, Université du Québec en Outaouais (UQO), Institut des Sciences de la Forêt Tempérée (ISFORT)
Sylvain Jutras, ing.f., Professeur Titulaire, Université Laval
Thi Thanh Hiên Pham, Professeure titulaire, Université du Québec à Montréal
Thierry Lefèvre, Professionnel de recherche, Université Laval
Valérie S. Langlois, Professeure titulaire, Institut national de la recherche scientifique (INRS)
Vincent Poirier, Professeur titulaire, Institut de recherche en agriculture et agroalimentaire, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)
LETTRE
À quelques semaines des élections, les partis politiques présentent leurs priorités pour les prochaines années. Quelques engagements en matière de biodiversité ont déjà été annoncés, mais tous les partis ne se sont pas encore engagés et les annonces ne couvrent pas l’ensemble des besoins.
Et au-delà des engagements, une question demeure : qui garantira qu’ils seront respectés une fois la campagne terminée?
Depuis des décennies, le Québec adopte des lois, annonce des stratégies et prend des engagements pour mieux protéger la nature. Comme hôte du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, il profite aussi de nombreuses tribunes internationales pour mettre de l’avant son leadership. Lors de la COP15, tenue à Montréal, le Québec a d’ailleurs été particulièrement actif pour présenter ses ambitions et faire reconnaître le rôle des gouvernements infranationaux.
Mais que reste-t-il de ces engagements une fois les campagnes électorales et les grandes conférences terminées?
Le bilan de la dernière décennie devrait nous inciter à la prudence. Le Québec avait adhéré au précédent cadre mondial pour la biodiversité, qui devait guider l’action jusqu’en 2020. Au terme de cette période, son propre bilan reconnaissait que, sur le territoire québécois comme ailleurs dans le monde, les grandes ambitions portées par ces objectifs n’avaient pas été pleinement réalisées.
Certaines données disponibles depuis lors rappellent l’ampleur du défi. Les espèces en situation précaire suivies sur le territoire québécois ont perdu, en moyenne, 72 % de leurs populations, selon une analyse de l’Indice Planète Vivante réalisée par l’Université de Sherbrooke à partir des données de Biodiversité Québec.
Le Québec s’est depuis engagé à contribuer à l’atteinte des objectifs du nouveau Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal et s’est doté du Plan Nature 2030 pour orienter son action d’ici la fin de la décennie. Ces engagements sont importants, mais alors que 2030 approche, on peut se demander s'ils résisteront aux changements de gouvernement et aux nouvelles priorités gouvernementales.
À l’heure actuelle, rien ne le garantit. Le Québec ne dispose pas d’un cadre législatif consacré à la biodiversité qui permette de fixer des cibles, d’en suivre les progrès et d’assurer une reddition de comptes publique. Nos ambitions peuvent donc être élevées par moments, mais leur mise en œuvre demeure fluctuante selon les priorités politiques. C’est un enjeu majeur pour la biodiversité, dont le déclin exige une action soutenue et cohérente dans le temps.
Et pourtant, les raisons de protéger la biodiversité sont nombreuses, peu importe l’angle sous lequel on l’aborde. Que l’on parle d’économie, de santé, de qualité de vie ou de protection de la nature, les arguments en faveur de l’action sont de plus en plus nombreux et largement documentés.
Au Québec, la nature soutient directement plusieurs secteurs économiques, notamment l’agriculture, la foresterie, la pêche et le tourisme. Les milieux naturels protégés ont eux aussi une valeur bien réelle : sur les terres privées, les services qu’ils rendent sont évalués à 678,3 millions de dollars par année. Et cette valeur ne se mesure pas qu’en dollars : 90 % des Québécois sondés disent ressentir les bienfaits des moments passés dans la nature sur leur bien-être.
À quelques semaines des élections, nous demandons donc aux partis politiques :
de prendre des engagements clairs et ambitieux pour la biodiversité, avec des cibles mesurables et des résultats attendus d’ici 2030;
d’adopter une loi sur la biodiversité qui donnerait une véritable assise législative à ces engagements. Cette loi devrait notamment :
établir des cibles mesurables dotées d’échéanciers à moyen et à long terme;
assurer un suivi régulier des progrès et une reddition de comptes publique et transparente;
garantir une capacité d’expertise au sein de l’État pour mesurer les résultats et évaluer l’atteinte des cibles, et prévoir un mécanisme d’avis scientifique indépendant, à l’image du Comité consultatif sur les changements climatiques.
Une telle loi permettrait de faire de la biodiversité un engagement de l’État québécois qui dépasse les cycles politiques, plutôt qu’une priorité qui évolue au gré des gouvernements. Elle faciliterait également une approche pangouvernementale, essentielle à une mise en œuvre efficace par l'État.
Si le déclin de la biodiversité peut sembler silencieux, nos engagements politiques, eux, ne devraient jamais le devenir. Ils devraient être à la hauteur du monde que nous souhaitons pour nous, pour nos enfants et pour les générations futures.
À l’approche de l’automne, faisons en sorte que la biodiversité fasse du bruit dans le débat public, pour ne pas avoir à vivre un Printemps silencieux.





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