COP30 Climat : Quelles retombées pour la nature?
- Laura Fequino

- 27 nov. 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 nov. 2025
Du 10 au 22 novembre 2025 s’est déroulée la 30e Conférence des Parties (COP30) de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Belém, au Brésil. Tenue aux portes de l’Amazonie et dans le pays le plus riche en biodiversité au monde, il était attendu que cette COP30 soit « la COP de la nature ». Voici un bref tout d’horizon des principales retombées de la COP30 pour la biodiversité.

Photo par IISD/ENB | Mike Muzurakis
Global mutirão : la lutte contre la déforestation absente des priorités
La COP30 a adopté le Global mutirão (signifiant « efforts collectifs »), qui visait à mettre en relief des champs prioritaires pour les prochaines années. Celui-ci vise notamment à tripler le financement consacré à l’adaptation d’ici 2035. Cependant, il ne prévoit aucune action ou financement spécifique pour contrer la déforestation, malgré le potentiel que revêt la protection des forêts pour l’atténuation de GES, l’adaptation aux effets des changements climatiques, la préservation de la biodiversité et le respect des communautés autochtones.
Bien qu’il demeure relativement vague, le préambule stipule : « Conscients d'être au cœur de l'Amazonie et soulignant l'importance de la conservation, de la protection et de la restauration de la nature et des écosystèmes en vue d'atteindre l'objectif de température de l'Accord de Paris, notamment en redoublant d'efforts pour mettre fin et inverser la déforestation et la dégradation des forêts d'ici 2030, conformément à l'article 5 de l'Accord de Paris, et d'autres écosystèmes terrestres et marins agissant comme puits et réservoirs de gaz à effet de serre et en préservant la biodiversité, tout en garantissant des garanties sociales et environnementales solides, […] ».
Agriculture et sécurité alimentaire
Les questions agricoles ont été abordées sous le Travail conjoint de Sharm el-Sheikh sur la mise en œuvre de mesures climatiques dans les domaines de l'agriculture et de la sécurité alimentaire (SJWA), dont les travaux doivent normalement s’étendre de 2022 (COP27) à 2026 (COP31).
Un projet de décision menait à reconnaître les conclusions d’ateliers tenus dans les années précédentes, notamment au sujet de systèmes alimentaires « qui couvrent l'ensemble de la chaîne de valeur », les liens avec la biodiversité, « l'agriculture de précision », l’agroécologie, les incitatifs basées sur le marché pour les agriculteurs, mais également l’agriculture assistée par l’intelligence artificielle. Celui-ci reconnaissait également que l’agriculture et les systèmes alimentaires ne recevaient qu’une portion très limitée de la finance climatique.
N’étant pas parvenues à s’entendre sur l’ensemble du vocabulaire, cependant, les Parties ont finalement décidé de poursuivre le travail aux prochaines intersessions de la CCNUCC prévues en juin 2026. Il est attendu qu’une décision sur le sujet soit donc adoptée à la COP31 en 2026.
Déforestation
Bien que le président brésilien, Lula da Silva, ait ouvert la COP30 en évoquant l’importance d’adopter une feuille de route visant à freiner et inverser la tendance de la déforestation, les Parties n’ont pas pu arriver à un consensus à ce sujet. Cela étant, la présidence de la COP30 a annoncé lors de la plénière de clôture qu’elle travaillerait sur l’élaboration d’une feuille de route en la matière en dehors du régime officiel des Nations unies. Cette feuille de route sur la déforestation, ainsi qu’une autre feuille de route sur l’abandon des énergies fossiles, pourraient potentiellement être reconsidérées à la COP31 en 2026.
Notons, cependant, que plus de 90 pays appuyaient la création d’une feuille de route sur la déforestation. Ceux-ci étaient majoritairement des pays de la forêt tropicale, de l’UE et de l’Amérique latine. Le Canada, entre plusieurs autres pays du Nord global, n’a pas manifesté son appui malgré les nombreuses incitations de la part de pays du Sud global, de réseaux de communautés autochtones comme COICA et d’ONG comme Greenpeace et WWF.
Le Global mutirão souligne toutefois, dans son préambule : « […] la nécessité urgente de traiter, de manière globale et synergique, les crises mondiales interdépendantes que sont le changement climatique, la perte de biodiversité et la dégradation des terres et des océans dans le contexte plus large de la réalisation du développement durable, ainsi que l'importance vitale de protéger, conserver, restaurer et utiliser et gérer de manière durable la nature et les écosystèmes terrestres, marins et montagneux pour une action climatique efficace et durable, […] ».
Coopération avec d’autres organisations internationales et les Conventions de Rio
Des consultations ont été menées à propos d’une collaboration accrue entre les Conventions de Rio et d’autres organisations internationales. À la suite des discussions sur le sujet, la décision finale adoptée par la COP30 :
Demande au secrétariat de la CCNUCC de renforcer sa participation aux travaux du Groupe mixte de liaison composé des secrétariats des Conventions de Rio
Invite les Parties et les observateurs à soumettre leurs perspectives d’ici le 1er mai 2026 au sujet du renforcement de la coopération avec d’autres organisations internationales et avec les secrétariats des autres Conventions de Rio
Le SBSTA-64, se déroulant au mois de juin, poursuivra les discussions sur cette question à la lumière des soumissions reçues.
Initiatives en marge de la COP30
Lancement du Tropical Forest Forever Facility (TFFF)
Quelques jours avant l’ouverture officielle de la COP30, le Brésil a lancé le Tropical Forest Forever Facility (TFFF). Il s’agit d’un fonds qui vise à rémunérer les pays qui préservent leurs forêts tropicales, notamment en Amazonie et au bassin du Congo. Le mécanisme cherche à recueillir 25 milliards de dollars auprès de pays donateurs, d’organismes philanthropiques et d’acteurs privés, dans une optique de financement mixte, combinant ainsi fonds publics et privés. Si le lancement du TFFF a déjà reçu plus de 6,5 milliards de dollars et revêt une structure intéressante pour le financement mixte, certains groupes ont néanmoins appelé à la précaution, notamment afin de :
Prévenir les risques d’écoblanchiment
Assurer que les fonds parviennent aux écosystèmes et aux communautés qui en ont le plus besoin, dont les communautés autochtones
Accroître les efforts s’attaquant aux causes structurelles à l’origine de la déforestation
Accroître les efforts de financement dans d’autres mécanismes déjà existants, comme le GBFF qui vise à financer la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal
Systèmes alimentaires et eau
Durant les journées thématiques de l’agriculture et de l’alimentation, le Brésil a lancé une initiative nommée Investissements dans une agriculture résiliente pour une dégradation nette nulle des terres (RAIZ), qui fut endossée par une dizaine de pays, dont le Canada. Par ailleurs, la Colombie, l’Italie et le Vietnam ont rejoint l’Alliance des champions pour la transformation des systèmes alimentaires, une coalition lancée à al COP28 en 2023.
Des Parties ont également rejoint des initiatives concernant l’intégration de l’eau. Par exemple, six pays supplémentaires ont rejoint le Blue NDC Challenge, une initiative lancée par le Brésil et la France en vue d’encourager les Parties à intégrer la protection de l’océan dans leurs engagements et plans climatiques nationaux.
Multiplication de projets portant sur les synergies
Au terme de la première semaine de COP, les représentants de plusieurs parties prenantes (Parties, UICN, communauté scientifique, société civile) ont lancé le Plan to Accelerate the Solution (PAS) et la Synergies Collaboration Platform (SCP) afin de favoriser les synergies entre la mise en œuvre des trois Conventions de Rio. Ainsi, le PAS et le SCP ont pour objectif de favoriser une mobilisation pansociétale tout en assurant la cohérence des politiques et du financement. Ces initiatives sont ouvertes à accueillir de nouvelles parties prenantes.
Complémentairement, le Rio Policy Radar, qui a également été dévoilé durant la COP30 est un outil qui permet d’explorer les plans d’action, politiques, lois, et financements étatiques et non étatiques liés aux trois Conventions de Rio dans une seule plateforme.
Événements parallèles
De nombreux événements parallèles, organisés par une grande diversité d’acteurs présents à la COP30 ont mis de l’avant la nécessité d’aligner davantage les discussions et les solutions afin de garantir une cohérence et des retombées bénéfiques conjointes pour le climat et pour la biodiversité. L’intégration de la biodiversité dans les discussions des événements parallèles de la COP30 s’est notamment exprimée par l’entremise des thématiques suivantes, sans s’y limiter :
Les synergies et la collaboration entre les trois Conventions de Rio
Les synergies et la cohérence, voire la fusion, entre les CDN et les NBSAP
Les solutions basées sur la nature (NBS)
Le financement croisé, bénéfique simultanément pour l’atteinte des cibles de la CCNUCC et de la Convention sur la diversité biologique (CDB)
L’agriculture et les systèmes alimentaires
La déforestation
Les droits de la nature
La protection des océans et de la biodiversité marine
La publication du nouveau Land Gap Report 2025
Un événement parallèle réunissant des représentants du milieu gouvernemental, scientifique, privé et non gouvernemental a visé à créer un momentum en vue de la 7e Assemblée des Nations unies pour l’environnement (UNEA-7), qui se déroulera du 8 au 12 décembre 2024. Les représentants ont rappelé que l’UNEA-6 a, par ailleurs, adopté une résolution sur la nécessité de promouvoir les synergies lors de la mise en œuvre de conventions environnementales internationales, comme les conventions de Rio sur le climat, la biodiversité et la désertification.
Le Canada et le Québec à la COP30
Les gouvernements du Canada et du Québec étaient présents à la COP30.
La délégation canadienne a compté, pendant quelques jours, sur la présence de la ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, ainsi que celle de l'ancien ministre du Patrimoine Steven Guilbeault. Dans son discours, ce dernier a mis l’accent sur l’importance d’accroître les synergies entre le climat et la nature. Cependant, aucune annonce allant en ce sens n’a été émise par le Canada. À cet effet, rappelons que le projet de loi sur la responsabilité à l’égard de la nature (C-73), qui vise à assurer l’engagement et la transparence du Canada envers la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal par l’entremise de sa Stratégie pour la nature 2030 n’a toujours pas été adopté.
Le Québec comptait dans sa délégation l’émissaire aux changements climatiques et aux enjeux nordiques et arctiques, Jean Lemire, mais le nouveau ministre de l’Environnement, Bernard Drainville, s’est absenté. L’émissaire a participé à plusieurs événements portant sur les synergies climat-biodiversité, dont les suivants :
Cities and Regions Driving Climate and Biodiversity Integration: Tools for Action
Integration of CBD and UNFCCC
High-Level Roundtables: Mutirão for Cities, Nature and Climate
High-level Roundtable: Scaling Nature Based Solutions for COP30 Implementation
High-level panel: Catalyzing systems approaches for water and climate resilience
Et après la COP30?
Ayant défendu et fait la promotion de l’importance des synergies climat-biodiversité sur la scène internationale, il est maintenant attendu que les gouvernements du Canada et du Québec fassent preuve de cohérence en concrétisant leurs ambitions au sein de leurs propres politiques publiques, législations, règlements et investissements. En effet, maintenant que la COP30 est terminée, les paroles en faveur de la cohérence et des synergies entre le climat et la nature doivent se traduire en actions concrètes sur le plan national et infranational.
L’année prochaine sera, par ailleurs, une année avec un potentiel riche en synergies, alors que la COP17 de la CDB se déroulera en Arménie en octobre 2026 et la COP31 de la CCNUCC se déroulera en novembre 2026 en Turquie.



