COP17 : Coulisses de la première semaine
Dernière mise à jour : il y a 3 minutes
Dernière mise à jour le 25 octobre.
Cet article sera mis à jour plusieurs fois pendant la COP17, ayant lieu du 19 au 30 octobre 2026
Les États membres de la Convention sur la diversité biologique (CDB) se réunissent en ce moment à Erevan, en Arménie, à l’occasion de la 17e Conférence des Parties (COP17). Après une première semaine de négociations, les délégations entament la seconde avec un objectif : parvenir à des compromis sur les nombreuses décisions visant à favoriser la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal. Sous le slogan « Taking Action for Nature », la COP17 vise à accélérer l'action pour combler les retards dans sa mise en œuvre.

COP17 : Une COP « bilan »
Adopté en 2022 à l’occasion de la COP15 tenue à Montréal, le Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal (ci-après Cadre mondial arrive à mi-parcours entre son adoption et l'échéance de 2030, fixée pour l'atteinte de ses 23 cibles. Alors que la COP16 était surnommée « la COP de mise en œuvre », la COP17 se présente comme une « COP bilan » : elle marque une étape charnière pour évaluer les progrès accomplis depuis 2022 et déterminer les efforts à déployer d'ici 2030.
La COP17 accueille le premier exercice de bilan mondial, qui vise à évaluer les efforts déployés. Cet exercice doit permettre de cerner les avancées réalisées, mais surtout les lacunes à combler et les endroits où il faut redoubler les efforts pour accélérer la mise en œuvre du Cadre mondial. Le rapport de ce bilan mondial est clair : la communauté internationale n’est pas en voie d’atteindre la majorité des cibles du Cadre mondial. Les retards sont particulièrement marqués dans les secteurs d’activité qui exercent des pressions importantes sur les écosystèmes et qui nécessitent des changements structurels, comme la réforme des subventions néfastes pour la biodiversité, la transformation des modes de consommation et la pleine intégration de la biodiversité dans les pratiques des entreprises.
Pour lire notre article sur le retour de la COP16 : https://www.ateliersbiodiversite.org/post/retour-sur-la-cop16-de-cali
Quelques décisions adoptées
Au terme de la première semaine, la plénière a adopté quelques décisions, notamment sur le Plan d’action sur le genre ainsi que sur la communication et l’éducation. Dans cette dernière, les Parties ont notamment accueilli favorablement le brouillon du Global action plan for Education of Biodiversity, tout en recommandant son utilisation, sur une base volontaire. Des décisions ont également été adoptées sur le mécanisme d'échange d'informations et les espèces exotiques envahissantes.
Plusieurs sujets contentieux, dont la mobilisation des ressources financières, sont toujours en négociation. Alors que la création d’un nouvel organe subsidiaire sur l’article 8j), visant à accroître la place des Peuples autochtones et des communautés locales dans les processus de la CDB, a été l’une des plus grandes victoires de la COP16, les Parties tentent maintenant de s’entendre sur ses modalités de fonctionnement (modus operandi), notamment en ce qui concerne la représentation des peuples autochtones et des communautés locales au sein de cette nouvelle instance.

Annonces : financement et la fonge à l’honneur
Le 26 octobre, la présidence de la COP17 a lancé le Yerevan Call on Incentives Positive to Biodiversity dans le cadre d’un dialogue ministériel. Cette initiative vise à accélérer la réforme des subventions et autres incitatifs néfastes pour la biodiversité, tout en encourageant la mise en place d'incitatifs favorables à sa conservation et à son utilisation durable. Elle s'inscrit dans les efforts visant l'atteinte de la cible 18 du Cadre mondial.
La même journée, à l’occasion du Sommet des gouvernements infranationaux, le gouvernement du Québec a annoncé une nouvelle contribution de 1,5 million de dollars (CAD) au Fonds pour le Cadre mondial de la biodiversité (GBFF), qui vise à mobiliser du financement international pour mettre en œuvre le Cadre mondial. Cette contribution s’ajoute à celle de 2 millions de dollars (CAD), annoncée en 2024, lors de la COP16 à Cali, en Colombie.
De son côté, le Fonds Cali peine toujours à mobiliser les ressources financières espérées. Créé à la COP16 en 2024, ce fonds vise à assurer un partage juste et équitable des avantages découlant de l'utilisation des informations de séquençage numérique (DSI) des ressources génétiques, notamment par les entreprises. Alors qu'il devait permettre de mobiliser des sommes importantes pour la biodiversité, le Fonds Cali n'avait recueilli que 6 000 dollars (USD) avant le début de la COP17. En date du 26 octobre, les contributions versées atteignaient à peine 8 990 dollars (USD).
Alors que la fonge reçoit beaucoup moins d’attention que les règnes animal et végétal, la COP17 témoigne d’une mobilisation croissante pour sa conservation et la reconnaissance de son importance écologique. Dans le cadre de la COP17, le Global Fungal Conservation Network, dont Mycosphaera – une nouvelle organisation québécoise – fait partie, a lancé la Stratégie mondiale pour la conservation des champignons. En parallèle, des pays ont commencé à s’engager en faveur de leur conservation en adhérant au Pledge for Fungal Conservation.

Ambiance dans les couloirs : de la phase technique à la phase politique
Le début de la deuxième semaine s’accompagne de l’arrivée de nombreux nouveaux délégués et représentants politiques. Si la première semaine de négociations a été plus technique, la deuxième s’annonce plus politique, alors que l’arrivée de plusieurs ministres est attendue à Erevan pour les segments de haut niveau des 27 et 28 octobre.
Dans les couloirs, le nombre de personnes et de manifestations se multiplient à vue d’œil. Plusieurs groupes réclament notamment la mobilisation rapide des ressources financières nécessaires pour accélérer la mise en œuvre du Cadre mondial. Si la présence de journalistes a été plutôt mince durant la première semaine, ceux-ci commencent à arpenter les corridors en ce début de deuxième semaine.

Les premiers segments de haut-niveau sont commencés sur une note claire : il est impératif d’accroître la mobilisation des ressources financières pour la protection de la biodiversité, et ce, en provenance de toutes les sources de financement (publiques et privées) ainsi qu’à toutes les échelles de gouvernance. Ces segments ont également mis en évidence la nécessité de renforcer la collaboration entre les ministères de l’Environnement et des Finances, afin de réorienter les flux financiers vers des pratiques compatibles avec un monde en harmonie avec la nature. Le besoin de renforcer les synergies entre les conventions environnementales internationales et la cohérence des politiques publiques revient également en filigrane des discussions.

Depuis le début de la COP, de nombreuses organisations de la société civile, dont Rainforest Action Network, se mobilisent pour appeler à adresser l’éléphant dans la pièce : les causes économiques et financières à l’origine de la perte de biodiversité. Ces mobilisations rappellent que freiner et inverser cette perte exige de s’attaquer à ses causes profondes, notamment en opérant des changements transformateurs dans nos modèles de production et de consommation.





