En route vers la COP17 : ce que vous devez savoir
- Laura Fequino

- il y a 30 minutes
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À mi‑parcours vers l’atteinte des 23 cibles du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming‑Montréal à l’horizon 2030, la communauté internationale continue de se mobiliser, conformément aux engagements adoptés lors de la COP15 de la Convention sur la diversité biologique (CDB) en 2022.
Moins familier·ère avec les COP biodiversité ? Nous vous invitons à lire notre article COP biodiversité : qu’est-ce que c’est ? Questions et réponses. |

La COP17, qui se tiendra du 19 au 30 octobre 2026 à Yerevan, Arménie, vise à évaluer les progrès réalisés et à identifier les lacunes à combler d’ici 2030. Son logo, inspiré du papillon bleu Polyommatus eriwanensis, endémique d’Arménie, symbolise transformation et interconnexion : chaque action compte et s’inscrit dans un système interdépendant. Le slogan « Taking action for nature » appelle gouvernements, villes, entreprises, jeunes et société civile à intensifier leurs efforts et collaborer pour atteindre les 23 cibles.
Au programme : évaluation de la mise en œuvre du Cadre mondial, mobilisation des ressources financières, synergies entre climat et biodiversité, intégration de la dimension genre, appui scientifique pour guider les décisions, et engagement de tous les niveaux de gouvernance. L’objectif est clair : mesurer le progrès et passer des engagements aux actions concrètes.
Évaluer les progrès accomplis
Alors que la COP17 approche à grands pas, la soumission des rapports nationaux et la production d’un examen mondial qui évalue l’état d’avancement de la mise en œuvre du Cadre mondial Kunming-Montréal est un exercice exigeant qui devra être accompli dans les prochains mois. Si un nombre suffisant de rapports nationaux est recueilli, l’exercice devrait permettre d’identifier les lacunes persistantes afin de rectifier le tir, au besoin, pour mieux canaliser les efforts à l’horizon 2030.
Les rapports nationaux à la base de l’évaluation de la progression du Cadre mondial Les rapports nationaux représentent le principal outil permettant au secrétariat de colliger l’information nécessaire pour produire un rapport mondial faisant état du progrès collectif concernant la mise en œuvre du Cadre mondial Kunming-Montréal. Le rapport mondial devrait être évalué lors de la 7e réunion du SBI, prévue en août 2026. Il deviendra ensuite un élément central des discussions de la COP17, qui se penchera sur les progrès et les difficultés à relever à l’horizon 2030. Ainsi, l’absence d’un nombre trop important de rapports nationaux pourrait compromettre un portrait juste de l’état de la situation à mi-parcours de l’implémentation du Cadre mondial. Par ailleurs, les gouvernements infranationaux, comme les provinces et les villes, et les divers acteurs de la société peuvent fournir des données concernant leurs contributions à la mise en œuvre du Cadre mondial par l’entremise d’une nouvelle option récemment mise en fonction par le secrétariat de la CDB dans le portail de divulgation. La rapport du Canada est disponible ici: https://ort.cbd.int/national-reports/nr7/6238DCBD-0698-4AAF-A068-5EEEF022C827 |
En date du 9 mars, soit une semaine après la date limite pour la remise des rapports nationaux faisant état de la mise en œuvre des NBSAP et des cibles nationales pour mettre en œuvre Cadre mondial, 125 Parties avaient remis leurs rapports nationaux contenant leurs NBSAP complets ou des cibles nationales mises à jour. Cela représente près du ⅔ des Parties et constitue un record, ce qui laisse présager un grand engagement provenant de la part des Parties. Toutefois, plusieurs délégations soulignent toujours le retard dans le versement des fonds nécessaires parmi les contraintes empêchant une soumission dans les délais impartis, le SBI-7 sera notamment chargé de se pencher sur les questions concernant la mobilisation des ressources financières.
La mobilisation des ressources financières : une condition incontournable à la mise en œuvre du Cadre mondial Kunming-Montréal
Durant le SBI-6, plusieurs pays ont insisté sur le caractère essentiel de verser des contributions financières au Fonds environnemental mondial (FEM) et à d’autres fonds qui ont été mis sur pied pour contribuer à la mise en œuvre de la CDB, comme le Fonds Cali et le Fonds pour le Cadre mondial (GBFF). En effet, la somme nécessaire pour freiner et renverser la perte de biodiversité est estimée à 700 billions de dollars USD. Malgré l’ampleur connue de ces besoins, les Parties les plus économiquement fortunées n’ont pas respecté leur engagement d’élever leurs versements financiers vers les pays du Sud global d’au moins 20 milliards de dollars USD par année en 2025, qui était inscrit dans la cible 19 du Cadre mondial.
Pourtant, l’élaboration et la mise en œuvre des stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (NBSAP) ainsi que des rapports nationaux associés dans plusieurs pays du Sud global dépendent de ces transferts financiers. Bien que la date limite pour soumettre au secrétariat de la CDB les rapports nationaux faisant état de la mise en œuvre du Cadre mondial ait été fixée au 28 février 2026, un peu plus d’un tiers des pays n’ont pas pu respecter ce délai, en raison d’un manque de ressources initial et de retards dans la réception des financements attendus. L’équipe du Earth Negotiations Bulletin (ENB), présente au SBI-6, rapporte qu’« une Partie a souligné le nœud du problème : son pays n’avait reçu le financement du FEM pour préparer son septième rapport national qu’en janvier 2026, alors que le rapport devait être remis fin février. Le non-respect de la date limite est donc imputable à un manque de capacités et de ressources, et non à un manque de volonté politique ».
Il convient de souligner que le Canada et le Québec ont contribué ponctuellement au GBFF, un geste appréciable, même si des dons annuels récurrents, essentiels à la mise en œuvre du Cadre mondial, n’ont pas encore été établis.
Afin d’explorer de possibles stratégies pour rétrécir l’écart financier à combler et améliorer la mobilisation des ressources, le secrétariat de la CDB évalue l’organisation de dialogues entre ministres de l’Environnement et de la Finance. La conversion de la dette en investissements environnementaux est une avenue qui risque d’être explorée, entre autres pistes.
De plus, le projet de décision L.8 recommande que la COP17 adopte une décision sur la mobilisation des ressources financières qui invite les Parties à éviter ou à réduire les retombées négatives des projets économiques sur la biodiversité. Il est recommandé que cela se fasse notamment par l’optimisation des cobénéfices et des synergies de financement de la biodiversité et du climat, notamment en intégrant la biodiversité dans les mécanismes et les politiques internationales et internes qui concernent le financement climatique. Ces recommandations invitent à repenser le financement international environnemental, dans un contexte où les ressources financières peinent à être mobilisées et où un investissement pourrait avoir de nombreux cobénéfices dans plus d’un secteur si les synergies sont saisies.
Un intérêt marqué pour les synergies entre la biodiversité et le climat
L’importance d’accroître les synergies entre les agendas respectivement liés au climat et à la biodiversité, notamment en poursuivant la coopération avec les secrétariats des autres conventions de Rio et d’autres accords environnementaux, risque de se retrouver en trame de fond de la COP17, comme fut le cas de la COP16. Elles ont également recommandé que le secrétariat de la CDB entreprenne une analyse des chevauchements entre les trois conventions de Rio et des options pour améliorer leur coordination (recommandation L.6). Une décision en ce sens devrait se préciser à la COP17, lorsqu’un consensus sur la question sera trouvé.
Un appel à appliquer le Plan d’action sur le genre
Afin que les actions visant l’application du Cadre mondial soient sensibles au genre, la COP17 risque d’encourager la mise en œuvre du Plan d’action concernant le genre (recommandation L.2). Plusieurs délégations ont même exprimé le souhait que cela s’applique à toutes les échelles de gouvernance et même dans des institutions financières internationales comme le FEM, qui contribuent à financer la mise en œuvre du Cadre mondial. Cependant, l’adoption de cet élément de l’agenda va demander un consensus entre l’ensemble des pays, dont ceux qui sont plus récalcitrants aux approches sensibles au genre.
La mobilisation des gouvernements infranationaux et de divers acteurs de la société
Les gouvernements infranationaux et les acteurs non étatiques ont également leur rôle à jouer pour contribuer à atteindre les cibles et objectifs du Cadre mondial, qui invite à une mobilisation pangouvernementale et pansociétale. En effet, ces acteurs peuvent directement contribuer au transfert de connaissances, de technologies, au renforcement de capacités, ainsi qu’à la mobilisation de ressources financières, entre autres.
L’intégration de la biodiversité dans leurs activités respectives est un vecteur contribuant à la conservation et à l’utilisation durable des éléments constitutifs de la biodiversité, en plus de contribuer à réorienter les flux financiers vers des activités ayant des retombées bénéfiques pour la nature. Cela est d’autant plus crucial alors qu’un récent rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) constate que, pour chaque dollar investi dans la protection de la biodiversité, 30 $ sont investis dans sa destruction.
études scientifiques : des fondements requis pour les négociations de la COP17
Dernièrement, le secrétariat de la CDB a réalisé trois études concernant les thématiques suivantes, qui s’avèrent d’intérêt pour les Parties :
La relation entre la viabilité de la dette et la mise en œuvre de la CDB ;
La manière dont les orientations relatives aux mesures de sauvegarde dans les mécanismes de financement de la biodiversité ont été mises en œuvre ;
La relation entre la biodiversité et le financement de la lutte contre les changements climatiques.
Ces études devraient être révisées et commentées par les Parties d’ici le mois de mai, afin d’en présenter les versions finales à la COP17. Afin d’accroître la portée de ces études, les délégations réunies au SBI-6 ont recommandé que la COP17 invite ou encourage formellement les Parties et les autres paliers de gouvernement à considérer ces trois études dans leurs efforts de mobilisation de ressources financières provenant de toutes les sources (recommandation L.8).
Les plus récents rapports de l’IPBES, comme celui sur les changements transformateurs, Nexus, ainsi que celui portant sur l’impact, les dépendances et les contributions des entreprises à l’égard de la biodiversité représentent aussi des fondements scientifiques pouvant alimenter les efforts de la communauté internationale et des autres acteurs afin d’atteindre les objectifs du Cadre mondial à l’horizon 2030.
Rencontre préalable : SBI-6 La 6e rencontre de l’organe subsidiaire de mise en œuvre (SBI-6) s’est déroulée du 16 au 19 février à Rome, au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Celle-ci a réuni environ 600 personnes déléguées représentant des gouvernements, des organisations internationales, des communautés autochtones, ainsi que divers secteurs de la société civile, comme les femmes, la communauté scientifique, les jeunes et le secteur privé. Plusieurs points importants étaient à l’ordre du jour, dont la mobilisation des ressources financières et le renforcement des capacités nécessaires à la mise en œuvre effective du Cadre mondial Kunming-Montréal. Certaines divergences persistantes entre les Parties (États membres) présentes et des contraintes de temps ont toutefois empêché de trouver certains terrains d’entente : plusieurs projets de décision devront donc être retravaillés lors du 7e SBI qui se tiendra en août 2026, avant d’être recommandés pour adoption à la COP17, qui devra forcément trouver un consensus. |
En route vers la COP17
En amont de la COP17, les délégations devront déployer des efforts soutenus lors des prochaines rencontres intersessionnelles, comme le SBI‑7 et le SBSTTA‑28, ainsi que durant la COP17 elle‑même, afin de parvenir aux consensus manquants, poursuivre la mise en œuvre du Cadre mondial et rendre compte de leurs avancées via les rapports nationaux.
Il est plus que jamais crucial que tous les acteurs renforcent leur engagement et passent des intentions aux actions transformatrices concrètes pour assurer que les objectifs du Cadre mondial soient atteints d’ici 2030.
Prochaines dates importantes à venir :
SBSTTA-28 : 27 juillet au 1er août à Nairobi, Kenya
SBI-7 : 4 au 12 août 2026 à Nairobi, Kenya
COP17 : 19 au 30 octobre à Yerevan, Arménie



