Consultation jeunesse sur la biodiversité : que révèlent les résultats préliminaires?
Plus de 650 jeunes issus de divers horizons ont participé à la première phase de la consultation de la jeunesse québécoise sur la biodiversité, qui consistait en un sondage en ligne. Les réponses recueillies permettent de dégager plusieurs constats sur leurs préoccupations et leurs attentes en matière de biodiversité.
À propos de la consultation
Entre le 16 juillet et le 7 septembre 2026, Le sondage a permis de recueillir les perspectives de plus de 650 personnes âgées de 35 ans et moins, provenant de l’ensemble des régions administratives du Québec. Bien que les personnes qui étudient ou travaillent dans le domaine de l'environnement soient surreprésentées, plus de la moitié des jeunes répondant·e·s oeuvrent ou étudient dans d’autres domaines. Les réponses recueillies permettent de dégager plusieurs constats sur les préoccupations et les attentes des jeunes qui, issus de divers horizons, ont participé à la consultation.
La consultation se poursuivra par la tenue de groupes de discussion thématiques (focus groups), qui permettront d’approfondir les constats issus du sondage et de recueillir davantage de perspectives et de propositions de la jeunesse, afin d’identifier des actions concrètes et prioritaires.
Les résultats de ces différentes étapes alimenteront la production d’un rapport présentant les principaux constats, demandes et recommandations issus de la consultation jeunesse. Celui-ci visera à porter les perspectives des jeunes dans les discussions sur l'avenir de la biodiversité au Québec. Le premier dévoilement des résultats est prévu à la COP17, en Arménie, à la fin du mois d’octobre.
Plus de détails sur la page officielle de la consultation: https://www.ateliersbiodiversite.org/consultation-jeunesse-biodiversite
Nous sommes donc heureux de donner la parole aux jeunes et de mettre de l’avant leurs priorités.
Parole aux jeunes : résultats préliminaires de la consultation
Les résultats préliminaires de la consultation révèlent plusieurs attentes fortes des jeunes : un meilleur accès à la nature et à l’éducation sur la biodiversité, une plus grande responsabilisation des gouvernements et des entreprises, une transformation des pratiques pour mieux protéger la biodiversité, ainsi qu’une meilleure prise en compte des liens entre biodiversité, climat et bien-être humain. Ils soulignent également l’importance d’une protection de la biodiversité qui soit juste et équitable.
Retour sur les principaux constats de cette première phase de la consultation:
Accès à la nature : malgré les nombreux bienfaits, des obstacles persistent
Bien que les personnes répondantes reconnaissent l’importance de la nature pour leur bien-être, plusieurs obstacles limitent toutefois leur capacité à en profiter. Les personnes répondantes perçoivent notamment les espaces naturels comme des lieux où se détendre, bouger et se ressourcer.
Cependant, 90 % des personnes répondantes aimeraient passer davantage de temps en nature. Après le manque de temps, l’insuffisance du transport en commun pour accéder aux espaces naturels et les coûts liés aux déplacements constituent les principaux freins identifiés.
Ces résultats soulignent l’importance de considérer l’accès à la nature dans les décisions publiques, notamment en ce qui concerne l’aménagement urbain, le transport et les coûts associés aux déplacements.

Éducation et formation : mieux outiller les jeunes pour agir
Près d’une personne répondante sur deux estime que son parcours scolaire ne l’a pas suffisamment aidée à prendre en compte la nature dans ses décisions et ses gestes du quotidien. Un constat similaire se dessine concernant les expériences dans la formation professionnelle et dans le marché de l’emploi. De plus, près des deux tiers souhaitent approfondir leurs connaissances sur la nature et les solutions à mettre en œuvre, en s’intéressant notamment aux savoirs scientifiques et autochtones.
Pour combler ces lacunes, les jeunes souhaitent notamment développer leurs compétences en matière d’évaluation des impacts sur la biodiversité et de conception de projets permettant d’éviter ou de réduire les dommages sur la biodiversité. Ce besoin dépasse largement les métiers directement liés à la conservation : plus de la moitié des personnes répondantes sont intéressées par des domaines tels que le droit, la politique, les communications, l’éducation, l’administration, le génie ou la santé, entre autres, mais souhaitent y intégrer des notions liées à la protection de la biodiversité.
Ces résultats font donc ressortir un besoin de renforcer l’intégration de la biodiversité dans une diversité de parcours scolaires, professionnels et de formation, afin de permettre aux jeunes de contribuer à sa protection, quel que soit leur domaine d’activité.
Responsabilité : les jeunes attendent davantage des gouvernements et des entreprises
98 % des répondant·e·s trouvent que le Québec n’en fait pas assez pour protéger la biodiversité.
Plusieurs questions ont été posées dans la consultation pour aider à cerner qui, selon les jeunes, devrait agir davantage pour l’environnement. Les gouvernements et les entreprises arrivent largement en tête de liste, suivis des médias, des établissements d'enseignement et des individus.
Ces résultats suggèrent que la protection de la biodiversité doit relever d'une diversité d'acteurs politiques, économiques et sociaux, et ne peut reposer uniquement sur les gestes individuels.
Les personnes répondantes souhaitent notamment que les gouvernements exercent un leadership accru en matière de biodiversité, en renforçant l’encadrement des activités économiques et en consacrant davantage de ressources, notamment financières, à la protection de l’environnement.
La responsabilité des entreprises est également soulignée, particulièrement en ce qui concerne la réduction des effets néfastes de leurs activités sur la biodiversité – à toutes les étapes de leur chaîne de valeur – ainsi que la transparence et l’accessibilité de l’information divulguée : certaines réponses font notamment état d’un manque d’information sur les impacts écologiques des produits, dont la provenance des matières premières. De plus, une plus grande accessibilité financière des produits écoresponsables favoriserait leur achat par les jeunes.
Les personnes répondantes souhaitent également pouvoir contribuer davantage aux décisions concernant la biodiversité. Elles proposent notamment la mise en place de mécanismes de gouvernance formels et inclusifs, permettant aux jeunes de participer de diverses façons, tant en présence qu’en ligne. Près de 75 % des répondant·e·s considèrent qu’offrir une place aux jeunes dans les espaces décisionnels constitue l’un des meilleurs moyens de soutenir leur engagement en faveur de la biodiversité.
Ces résultats traduisent une attente envers les gouvernements : faire preuve du courage politique nécessaire pour jouer un rôle structurant dans la protection de la biodiversité, tout en accordant une place accrue à la participation des groupes les plus affectés par la perte de biodiversité, dont les jeunes.
Protection de la biodiversité : protéger les milieux naturels, mais surtout transformer nos pratiques

La protection des milieux naturels est identifiée comme une avenue incontournable pour préserver la biodiversité au Québec. Toutefois, les réponses au sondage insistent sur le fait que cette protection doit s’accompagner de transformations plus profondes de nos activités économiques et de nos modes de production et de consommation.
96 % des personnes répondantes soulignent la nécessité de transformer les pratiques dans les secteurs ayant des effets importants sur la biodiversité, notamment l'agriculture, la foresterie, les mines, la pêche, l'énergie et l'aménagement du territoire.
Les jeunes ayant participé à la consultation souhaitent que les effets néfastes sur la biodiversité soient pris en compte dès la conception des projets, plutôt que seulement une fois les projets engagés. Cette approche permettrait d’adapter et de transformer certaines pratiques afin de réduire leurs impacts environnementaux dès le départ, plutôt que de chercher à les compenser à la fin.
Les réponses soulignent néanmoins la difficulté d'intégrer pleinement la biodiversité dans les modèles économiques, productifs et de consommation actuels. Elles appellent ainsi à repenser ces modèles afin de prioriser davantage le bien-être de la société et des écosystèmes, plutôt que les gains financiers à court terme.
Plusieurs pistes sont proposées pour amorcer ces transformations, notamment :
Repenser notre rapport à la nature et reconnaître sa valeur intrinsèque;
Consacrer davantage de fonds et de ressources publiques à la protection de l'environnement et à des pratiques compatibles avec la préservation de la biodiversité;
Accorder une place aux populations les plus touchées dans les processus décisionnels;
Intégrer la biodiversité de manière transversale dans les activités économiques et les programmes de formation (du primaire jusqu’à l’université);
Tenir compte des répercussions de nos modes de consommation sur les écosystèmes et les communautés ailleurs dans le monde.
Ces propositions font ressortir une volonté de dépasser les mesures de protection ponctuelles et sectorielles au profit d’une intégration de la biodiversité à l'ensemble des activités et des décisions qui façonnent notre société.
Biodiversité, climat et bien-être humain : des enjeux indissociables, dont les synergies doivent se refléter dans les décisions publiques
Les résultats préliminaires de la consultation mettent également en évidence l’importance que les jeunes accordent aux liens entre la biodiversité, le climat et le bien-être humain.
Plus de 80 % des personnes répondantes considèrent que protéger la nature permet notamment de préserver leur santé et celle de leurs proches, de garantir une alimentation saine et suffisante, de faire face aux changements climatiques et de protéger les conditions de vie des générations futures.
Pour les personnes ayant participé à la consultation, ces enjeux ne devraient donc pas être abordés de manière isolée. Elles souhaitent plutôt que les décisions publiques tiennent compte de leurs interrelations afin de favoriser des retombées bénéfiques à la fois pour l’environnement et pour la société.
Cette vision transversale devrait notamment se refléter dans les décisions concernant l’urbanisme, l’aménagement du territoire et le transport. La protection de la biodiversité ne concerne donc pas uniquement les milieux naturels éloignés : elle touche également nos quartiers, nos déplacements et nos milieux de vie.
Si les bienfaits de la nature pour les populations sont largement reconnus par les personnes répondantes, celles-ci soulignent également que sa valeur ne devrait pas être réduite aux services qu'elle rend aux humains. En effet, 90 % estiment que les espèces et les milieux naturels doivent être protégés pour leur valeur intrinsèque, même lorsqu’ils ne répondent pas directement aux besoins humains ou ne génèrent pas de retombées économiques directes.

Une protection de la biodiversité juste et équitable
Enfin, la justice et l’équité constituent des dimensions importantes des réponses recueillies. Les jeunes ayant participé au sondage identifient notamment quatre mesures pour favoriser une protection de la biodiversité juste et équitable, au Québec, au Canada et à l’international :
Respecter les droits, les territoires, les cultures et les savoirs des peuples autochtones;
Accorder une place aux jeunes et aux communautés les plus touchées dans les processus décisionnels;
Éviter que les coûts des mesures environnementales reposent davantage sur les personnes à faible revenu;
Tenir compte des impacts des décisions et de la consommation du Québec et du Canada sur les populations et les écosystèmes ailleurs dans le monde.
Ces réponses témoignent de l’importance accordée à la participation des communautés concernées et à la prise en compte des inégalités, tant dans les décisions que dans la répartition de leurs coûts.
En somme, cette première phase de la consultation jeunesse permet de dégager plusieurs constats : les personnes répondantes souhaitent une action accrue des gouvernements et des entreprises, une transformation des pratiques économiques, une meilleure intégration des liens entre biodiversité, climat et bien-être humain, ainsi qu’un accès renforcé à la nature et aux connaissances nécessaires pour agir. Les résultats mettent également en évidence l’importance d’accorder une place aux jeunes et aux communautés concernées dans les processus décisionnels, afin de favoriser une protection de la biodiversité juste et équitable.





